La Blockchain, c’est d’abord un nouveau concept à intégrer. Celui d’une gigantesque base de données, un immense livre, une chaîne de blocs d’information disséminés sur le réseau. Elle est d’abord une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Par extension, une Blockchain constitue une base de données qui contient l’historique de toutes les transactions effectuées entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne et interdit toute falsification ou destruction.

Une Blockchain peut être publique, ouverte à tous, ou privée, avec un accès limité à un certain nombre d’acteurs.

Comment ça marche ?

Toute Blockchain publique fonctionne nécessairement avec une monnaie ou un token (jeton) programmable, comme le Bitcoin. Les transactions effectuées entre les utilisateurs du réseau sont regroupées par blocs, chaque bloc étant validé par des « nœuds » du réseau appelés les « mineurs ». Une fois le bloc validé, il est horodaté et ajouté à la chaîne de blocs. La transaction est alors visible pour le récepteur ainsi que par l’ensemble du réseau.

Si des outils cryptographiques sont utilisés de manière traditionnelle pour authentifier les transactions, l’essence de cette technologie réside dans un algorithme de consensus. C’est lui qui permet aux mineurs de se mettre d’accord sur l’historique des transactions, sans avoir de référence centralisée. Par exemple, l’algorithme de consensus utilisé par la Blockchain de Bitcoin est basé sur une « preuve de travail », c’est-à-dire sur la résolution d’un problème algorithmique.

À quoi ça sert ?

Il serait réducteur de considérer la Blockchain comme un simple système de paiement, car selon ses promoteurs, ses applications sont sans limite, et constituent en soi une révolution aussi majeure que celle du Web dans les années 90. Finance, assurance, immobilier, santé, transports, vote en ligne, administration et citoyenneté, banque, notaires, cadastres… autant de secteurs qui pourraient utiliser cette technologie pour fiabiliser et « désintermédier » les relations entre acteurs économiques et citoyens.

« La Blockchain est une technologie qui permet à des acteurs qui ne se font pas confiance a priori de coopérer sans tiers de confiance : si une majorité du réseau se comporte comme attendu, le système également, et personne ne peut le corrompre. La transaction étant le mécanisme de base de la Blockchain, la crypto-monnaie est l’application la plus évidente »explique Emmanuelle Dottax, Architecte Sécurité chez OT.

Le cas du paiement

Technologie de stockage et de sécurisation, la Blockchain permet déjà aux monnaies numériques comme le Bitcoin de se développer, même si de nombreuses questions demeurent. Pour être utilisée par le plus grand nombre, il faudrait pouvoir gérer un nombre de transactions aussi élevé que les réseaux traditionnels comme Visa ou MasterCard. Enfin, alors que l’on doit aujourd’hui attendre une heure pour qu’une transaction Bitcoin soit validée, il serait nécessaire de mettre en place une solution permettant de valider les paiements instantanément.

Comme le confirme Emmanuelle Dottax, cette technologie intéresse les acteurs de l’écosystème bancaire actuel. « Au-delà des transactions entre particuliers et commerçants, les banques sont très intéressées pour utiliser la Blockchain entre elles, par exemple pour optimiser les mécanismes de règlements interbancaires. Ce serait ce que l’on appelle une “ permisioned Blockchain ”, contrairement au Bitcoin qui est ouvert. Les banques espèrent de grosses économies grâce à cela. »

Comme toute promesse, celles de la Blockchain ne sont pas exemptes de défis et de limites, qu’elles soient économiques, de gouvernance, ou encore éthiques. Le vide juridique entourant cette nouvelle technologie étant encore pour le moment, quasi total.