Mieux connecter les citoyens entre eux et aux institutions, faciliter les déplacements et la circulation des informations, mais aussi optimiser la gestion des ressources et préserver l’environnement en favorisant le recyclage, en évitant le gaspillage et en diminuant la pollution : telles seraient les promesses de la ville intelligente. L’objectif ? Rendre la ville « durable, plus efficiente et plus facile à vivre », comme l’explique Larissa Suzuki avant d’ajouter que cette réussite passe par « les systèmes, les informations et les personnes ». L’amélioration de ce triptyque environnemental, économique et social est grandement facilitée par l’expansion d’Internet qui tisse chaque jour un peu plus sa toile, notamment par le prisme des objets connectés dont le nombre devrait s’élever à 25 milliards d’ici 2025 selon le cabinet Machina Research.

Une ville du tout data

Dans cette ville où « tout est connecté », les données foisonnent et deviennent la principale matière première pour façonner la ville de demain. C’est ainsi que de nombreuses plateformes d’open data voient le jour à travers le monde. L’enjeu est simple : rendre accessibles les données d’origine publique ou privée, produites par une collectivité, un service public ou une entreprise afin que chacun puisse y accéder et les utiliser. C’est ainsi que des plateformes comme opendata.paris.fr en France, ou City Data Exchange à Copenhague, ont vu le jour. Dans ces grands catalogues de données, on trouve de tout : du répertoire des différents types de stationnement (payants, rotatifs, mixtes, livraisons, autocars, vélos, deux-roues…) jusqu’à la liste des titres les plus réservés dans les bibliothèques, en passant par de nouveaux types de données dites de « captation ». Pour exemple récent, depuis juin 2016, la ville de Paris accompagne une expérience, place de la Nation, qui vise à mesurer les différents usages liés aux déplacements sur la place (véhicules motorisés, vélos, piétons) ainsi que les pollutions atmosphériques et sonores. Awa Ndiaye, chef de projet Open Innovation à la Mairie de Paris, expliquait lors de l’AWS Summit que la ville souhaite « placer la donnée au cœur de sa démarche Smart City (…). À l’avenir, des capteurs seront placés sur le territoire parisien et ouverts aux partenaires innovants ». Plus de capteurs, pour plus de données, pour une ville meilleure. Telle est la tendance.

Des données pour mieux vivre

Une fois récupérées, ces données deviennent le moteur de l’innovation. Comme l’explique Pablo Cerdeira, Chief Data Officer de Rio de Janeiro, « la data nous permet de comprendre la ville et de lancer des projets innovants ». Au premier plan de cette innovation : le citoyen. Pour Usman Haque, co-fondateur de l’agence de design londonienne Umbrellium, la clé de voûte des villes intelligentes réside dans leur capacité à engager les citoyens. Exemple avec l’application ListeningNYC, grâce à laquelle chaque citoyen peut évaluer la qualité sonore d’un lieu et y associer une humeur. Crowdsourcing et géolocalisation permettent ainsi de générer une nouvelle carte de New York afin de limiter la pollution sonore. Cette pensée qui positionne le citoyen au centre de la réflexion a déjà prouvé sa valeur économique et environnementale.

À Copenhague, le plan « Copenhagen Connecting. Make it easier to be a citizen », qui utilise des données collectées depuis les smartphones des citoyens volontaires, les GPS des bus, ou encore des capteurs dans les égouts et les poubelles, devrait permettre de diminuer de 10% les temps de trajet, de réduire considérablement les déchets et permettre une économie de 640 millions d’euros à la ville. Les données, souvent présentées comme « le nouveau pétrole », démontrent plus que jamais la pertinence de cette appellation. Plus les outils capables de capter ces données sont nombreux, plus celles-ci sont foisonnantes, et plus elles permettent de développer ce « mieux vivre en ville ». Mais de la même manière, plus le nombre d’outils de captation augmente, plus le potentiel de risques encourus croît : la ville « Big Brother », omnisciente, multiplie aussi les points d’entrée pour les cyberattaques… Cette nouvelle donne positionne la sécurisation des données comme la fondation des villes intelligentes de demain.

Sécuriser les données de la ville intelligente : la nouvelle priorité

Le 21 octobre 2016, une immense cyberattaque a ciblé de grands sites web et média. Cette attaque a transité par des centaines de milliers d’objets connectés : caméras de surveillance, thermostats, babyphones… rappelant que les maisons connectées peuvent devenir un formidable cheval de Troie pour les hackers. Et qu’est-ce qu’une ville intelligente si ce n’est une immense maison commune ? Pour Bertrand Jomard, Responsable IoT chez OT, le problème vient d’un système de sécurisation quasi inexistant sur un grand nombre d’objets connectés :

« Il est essentiel de sécuriser l’objet connecté en lui-même. En y intégrant un composant hardware, nous sommes aujourd’hui capables de rendre un objet inviolable. Une de nos solutions, permet également de sécuriser les communications et la collecte des données et donc de prévenir leur piratage. »

Les villes sont conscientes de ces nouveaux enjeux et le développement des programmes d’open data va de pair avec un renforcement de la sécurité. Bertrand Jomard partage avec nous les enjeux de nombreux projets de Smart City : « les commissions des projets Smart City dédiées à la sécurisation des données ont un poids considérable dans les décisions. Ce sont les membres de ces commissions qui doivent s’assurer que les critères sécuritaires répondent aux exigences nécessaires pour ces projets hautement sensibles ». Un signal fort à prendre en compte : face aux risques accrus, la sécurité devient une question majeure.

La ville intelligente au service du bonheur

La ville intelligente propose un éventail de bénéfices inédits. Voici 3 villes qui se connectent pour le bien de leurs citoyens.

Dubaï : mesurer le bonheur des citoyens

L’objectif est à la hauteur de la démesure de la ville : « faire de Dubaï la ville la plus heureuse sur Terre ». Pour accomplir cet objectif fixé par son altesse Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, la ville développe actuellement le « Happiness Meter » afin de mesurer le niveau de bonheur. À plusieurs endroits de la ville, les résidents pourront indiquer leur ressenti parmi 3 options : heureux, neutre ou insatisfait. Toutes les données seront intégrées à une carte.

Rio : les données au service de la sécurité

Dans la ville brésilienne, la Pensa Team est l’équipe dédiée à l’analyse des données pour piloter l’innovation. Parmi l’utilisation principale qui est faite de ces données : la sécurité des citoyens. Grâce aux données, la ville a ainsi pu définir les zones où placer les policiers pour réduire les accidents.

Barcelone : la ville connectée au service des personnes âgées

Élue première ville intelligente du monde en 2015 par Juniper Research, Barcelone multiplie les initiatives pour rendre l’espace urbain agréable à vivre. L’une des dernières innovations en date : un objet connecté pour un service de téléassistance gratuit aux personnes âgées 7 jours sur 7, 365 jours par an. En cas de problème, il suffit de presser le bouton qui peut se porter comme un collier. L’objet a été distribué gratuitement à 70 000 citoyens de la ville.